Django Celebration : l’héritage en partage, la virtuosité en héritage.
La rencontre d’Angelo Debarre et Adrien Moignard, improvisateurs brillants et techniciens hors pair sur la guitare acoustique, promet des moments rares. Attachés l’un et l’autre, tout comme le contrebassiste William Brunard, au choix du répertoire et à la qualité des arrangements, la musique du trio balaiera plus d’un demi-siècle de jazz manouche.
La rencontre entre deux figures incontournables du jazz manouche, Angelo Debarre et Adrien Moignard.
Dès son premier album (Gypsy Guitars, 1989), Angelo Debarre a imposé un nouveau standard technique sur son instrument et exercé une influence déterminante sur les générations de guitaristes qui ont suivi. Marqué par la virtuosité, la précision et la clarté de l’articulation sur l’instrument acoustique, son style demeure aujourd’hui un des plus brillants du circuit. Tout comme son aîné, Adrien Moignard s’illustre par sa grande maîtrise de la guitare et l’aisance de son jeu. Les deux artistes se distinguent par leur exceptionnel talent d’improvisateurs, leur raffinement instrumental, un goût commun pour l’enrichissement harmonique et un art consommé de l’accompagnement.
Leur connaissance et leur compréhension intime de l’oeuvre du maître, qu’ils partagent, se retrouvera dans le choix de leur répertoire, qui fera notamment la part belle à quelques-unes des mélodies les plus évocatrices de Django (Anouman, Vamp, Mélodie au crépuscule...), dont l’interprétation mettra notamment en valeur la sensibilité du toucher des guitaristes. Les deux solistes proposeront également des oeuvres de leur cru, qu’ils revisiteront ensemble (Angelo’s Caprice, Bright Up) ou de nouvelles compositions spécialement concoctées pour l’occasion, privilégiant la brillance de leur jeu et le caractère soigné des arrangements. À travers les signatures de Duke Ellington (Caravan), Fats Waller (Honeysuckle Rose) ou Cole Porter (What Is This Thing Called Love?), les standards du jazz seront également à l’honneur, sans exclure un clin d’oeil aux versions de référence données par Reinhardt lorsqu’elles s’imposent (en reprenant par exemple un de ses chorus d’anthologie). Enfin, la relecture de thèmes tsiganes ou de mélodies russes (Les Fenêtres de Moscou), dont Angelo est un grand spécialiste, abordés et traités selon une perspective résolument personnelle par les deux virtuoses, apportera un parfum singulier à l’ensemble.
Après des études classiques de piano, puis de violoncelle, William Brunard se tourne vers la guitare en accompagnant des artistes comme Tchavolo Schmitt. En 2009, il se met à travailler la contrebasse, qui va devenir son instrument de prédilection et lui ouvrira les portes des plus grandes scènes, aux côtés de musiciens comme Patrick Saussois, Christian Escoudé, Noé Reinhardt, Steeve Laffont, Gwen Cahue, Fanou Torracinta... Aujourd’hui, William Brunard s’impose comme « le contrebassiste des stars » de la guitare manouche, puisqu’il est devenu le partenaire régulier de trois de ses plus illustres représentants : Biréli Lagrène, Stochelo Rosenberg et Angelo Debarre. Il s’illustre également au violoncelle (Cello Project, Label Ouest, 2025).
Enfant de la balle issu de la communauté manouche, Angelo commence la guitare en famille dès l’âge de huit ans. Après un rapide début professionnel, il délaisse les cordes pour se consacrer à la batterie. En 1984, il revient à son instrument de prédilection et forme le premier "Angelo Jazz Quintet". Dès 1985, il devient l’un des piliers du célèbre cabaret parisien La Roue Fleurie et participe à de nombreuses tournées et enregistrements dans les styles tsiganes et manouches, dont le fameux Gypsy Guitars (1989), album de référence du genre. Très à l’aise dans les deux répertoires, on le retrouve aussi bien aux côtés de Petro Ivanovitch, de la chanteuse Raya, au sein du groupe Arbat, en invité de Bratsch, que dialoguant avec le pianiste Bojan Zulfikarpasic, le percussionniste Xavier Desandre-Navarre, le violoniste Florin Niculescu ou d’autres figures de proue de la guitare manouche (Biréli Lagrène, Jimmy Rosenberg, Romane, Tchavolo Schmitt...).
Appartenant incontestablement à la famille grandissante des héritiers de Django Reinhardt, Angelo s’est construit une personnalité très forte. Son style, servi par une technique ébouriffante, s’enrichit sans cesse au fil des rencontres musicales, dans la plus pure tradition gypsy. Reconnu comme l’un des plus talentueux guitaristes de cette école, il joue et enregistre successivement avec l’accordéoniste Ludovic Beier, le violoniste Marius Apostol (Gipsy Unity, 2009), collabore avec de grands noms de la chanson : Thomas Dutronc (spectacle « Manoir de mes rêves »), Sanseverino, Zaz, Anne Sila…, apparaît dans le film Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar, participe à l’album de Lulu Gainsbourg From Gainsbourg to Lulu (2011) et partage en 2016 l’affiche du film de Bruno Le Jean Les Fils du vent, avec Tchavolo Schmitt, Moreno et Ninine Garcia.
Adrien Moignard s’impose aujourd’hui comme un guitariste majeur de la scène jazz. Issu du style manouche, dans lequel il s’est illustré comme un des plus brillants solistes de sa génération (avec le collectif Selmer #607 ainsi qu’à la tête de son propre trio ou quartet), Adrien s’est exprimé au sein de nombreux projets, aux côtés d’artistes tels que Didier Lockwood, Biréli Lagrène, Cyrille Aimée, Sanseverino, avec le quatuor Loco Cello, les chanteuses Anne Ducros (Something, 2021) et Paloma Pradal, ainsi qu’en duo et en trio avec le contrebassiste Diego Imbert et le batteur André Ceccarelli, pour les albums Bright Up (Label Ouest, 2021) et Django’s Songs (Label Ouest, 2023), tous deux chaleureusement accueillis par la critique (4 étoiles Jazz Magazine, Must TSF Jazz, 4T Télérama). Adrien est également devenu le partenaire régulier de l’accordéoniste Richard Galliano, avec lequel il se produit dans le monde entier.
Heureux mélange de virtuosité et de lyrisme, le jeu d’Adrien Moignard frappe par sa singularité et son style caractéristique. Héritier de la musique de Django Reinhardt, son attrait pour les musiques actuelles crée un savant mélange des genres. S’étant produit sur les plus grandes scènes du monde (Europe, Asie, États-Unis, Canada…), sa renommée ne cesse de grandir, aussi bien en France qu’à l’international.